Quatre-vingt-neuf pour cent des Français ont adopté au moins un réflexe systématique pour préserver leur budget, et un sur deux en cumule trois ou plus. Une étude OpinionWay pour Caisse d’Épargne décrit une population devenue experte en optimisation de la dépense quotidienne.
Quatre-vingt-sept pour cent des Français ont réduit au moins une dépense au cours des douze derniers mois. Dix-huit pour cent d’entre eux ont rogné sur l’alimentation. Ces deux chiffres encadrent l’étude flash réalisée par OpinionWay pour Caisse d’Épargne et diffusée le 15 septembre, consacrée aux stratégies mises en place par les ménages pour préserver leur pouvoir d’achat.
Les arbitrages suivent un ordre stable. Les loisirs cèdent les premiers, à 53 %, suivis de l’habillement à 51 %, des vacances et des voyages à 39 %, puis de l’équipement de la maison à 25 %. L’alimentation vient en dernier, ce qui en dit long sur la situation des 18 % qui y touchent quand même.
L’ordre des renoncements a sa logique budgétaire. Les postes qui cèdent d’abord sont ceux que l’on peut couper d’un mois sur l’autre sans conséquence contractuelle : une sortie, un vêtement, un séjour. Le logement, l’énergie, les assurances et les remboursements de crédit ne se renégocient pas au même rythme, et ce sont eux qui occupent une part croissante du budget. Le ménage arbitre donc là où il le peut, pas là où il le faudrait.
À ces renoncements s’ajoute tout un répertoire de techniques devenues des automatismes. Quatre-vingt-dix-sept pour cent des Français comparent les prix avant d’acheter, dont 71 % systématiquement. Quatre-vingt-dix pour cent cherchent des réductions, des avantages de fidélité ou du cashback. Quatre-vingt-onze pour cent réduisent certaines dépenses non essentielles. Soixante-dix-huit pour cent revendent des produits qu’ils n’utilisent plus. Quarante-deux pour cent partagent des frais avec d’autres, par le covoiturage, la colocation ou le partage d’abonnements. Un Français sur deux, 51 % exactement, cumule systématiquement trois de ces réflexes ou davantage.
Les familles et les bas revenus en première ligne
L’effort se répartit très inégalement. Quatre-vingt-treize pour cent des familles avec enfants et 95 % des foyers modestes ont réduit au moins une dépense sur l’année écoulée. Soixante-quatre pour cent des familles avec enfants cumulent systématiquement au moins trois leviers, 61 % recherchent des réductions, 42 % revendent des objets inutilisés et 24 % achètent en seconde main.
Chez les foyers gagnant moins de 24 000 euros par an, la quasi-totalité, 94 %, a adopté au moins un réflexe de préservation du budget. Cinquante-cinq pour cent réduisent leurs dépenses non essentielles et 26 % se tournent vers l’occasion. La gestion du budget quotidien y est devenue une compétence à temps partiel, exercée sans rémunération et sans répit.
Le marché de l’occasion est devenu un instrument de gestion plus qu’une tendance de consommation. Soixante-dix-huit pour cent des Français revendent des produits qu’ils n’utilisent plus, 24 % des familles avec enfants et 26 % des foyers modestes achètent en seconde main. La revente sert de variable d’ajustement à court terme, au même titre que le cashback ou le partage d’abonnement, avec cette différence qu’elle rapporte de l’argent au lieu d’en économiser.
Ce que les ménages attendent de leur banque
Interrogés sur ce qu’ils attendent de leur établissement bancaire pour préserver leur budget, les Français répondent d’abord par une carte bancaire gratuite, à 55 %, puis par des bons plans, réductions ou cashback sur les dépenses courantes, à 44 %. La demande porte sur le coût du service et sur le pouvoir d’achat immédiat, pas sur le conseil ni sur le placement.
La même semaine, MoneyVox publiait un sondage YouGov selon lequel 33 % des Français se sont retrouvés à découvert en 2026. Le chiffre complète le tableau par le bas : chez un tiers des ménages, l’optimisation décrite plus haut ne suffit pas à passer le mois.
Les taux servis sur l’épargne complètent le tableau par le haut. Le Livret A rémunère 1,7 %, quand certains comptes à terme atteignent 3 % en septembre. Pour un ménage qui est parvenu à mettre de côté, l’écart entre les deux supports vaut davantage sur l’année que la somme des réductions traquées en caisse. Encore faut-il disposer d’une épargne assez fournie pour que la différence se voie, et d’un horizon de placement compatible avec le blocage des sommes.
Ces données se lisent utilement à côté de celles publiées la veille par J.P. Morgan Asset Management, qui situe le taux d’épargne des ménages français à 18 % de leur revenu disponible, l’un des plus élevés d’Europe. Les deux réalités coexistent sans se contredire : une partie de la population accumule une épargne abondante placée sur des supports peu rémunérateurs, une autre arbitre chaque semaine entre le plein d’essence et les courses. La moyenne nationale ne décrit ni l’une ni l’autre.

